Dont de RTT : quand la solidarité devance la compétition

L’esprit d’équipe serait la première valeur plébiscitée par les salariés. Dons de RTT, entraide et mobilisation, plongée dans l’univers (pas si) impitoyable de l’entreprise..

À l’heure où le parlement vote le nouveau projet de loi dite du « don de RTT », la solidarité au travail apparaît comme une valeur de plus en plus importante aux yeux des salariés et de leurs dirigeants. Ainsi, des initiatives naissent et se développent un peu partout dans des entreprises de tous les secteurs et de toutes les tailles. Une belle façon de montrer que travail rime plus avec entraide qu’avec compétition…

Mes collègues, ces héros

Depuis 2014 et la promulgation de loi Mathys, il est possible de faire don d’un ou plusieurs jours de congés (ou RTT) à un collègue pour qu’il puisse s’occuper de son enfant gravement malade. Cette mesure a permis à de nombreux exemples de solidarité de fleurir un peu partout : un employé de Badoit avait par exemple pu passer 170  jours auprès de son fils malade de 11 ans ; une mère de famille employée de la fonderie Howmet Ciral s’était vue « offrir » près de 10 mois de congés par ses collègues pour veiller son enfant atteint d’une tumeur. Et les exemples ne manquent pas.

Cet élan de générosité a entraîné un nouveau projet de loi, porté par le député Paul Christophe et soutenu par le gouvernement, étendant le don de congés aux cas d’employés devant s’occuper de personnes âgées, en situation de handicap ou de dépendance. Adopté en première lecture à l’Assemblée Nationale, il passera devant le Sénat prochainement. Attention toutefois, le don est strictement encadré : un employé ne peut pas donner plus de 5 jours de congés payés par an, et l’« aidant » devra prouver médicalement la gravité du problème de l’enfant malade ou de la personne dépendante. Enfin, s’il le souhaite, le donneur pourra rester anonyme.

L’esprit d’équipe, valeur incontestée

Une étude de 2014 [1] place l’entraide et l’esprit d’équipe tout en haut du classement des valeurs plébiscitées par les employés sur leur lieu de travail, devant des notions comme l’efficacité, la mixité sociale ou la compétition. Qui a dit que l’esprit d’équipe était mort ?

A l’écran…

Nouvelle preuve que la solidarité est au centre des préoccupations, il est le sujet du film « Deux jours, une nuit », des réalisateurs belges Jean-Pierre et Luc Dardenne, sorti en 2014 et sélectionné au Festival de Cannes. Marion Cotillard y joue une employée menacée de licenciement. Sa seule chance de sauver son poste ? Que ses collègues renoncent à leur prime de 1000 €… Bien sûr, pas de spoiler !

… entre collègues

« Lors de mon stage dans une banque suisse, je travaillais toujours avec les mêmes collègues et il n’existait aucun moyen à cette époque pour rencontrer des personnes d’autres départements. J’ai alors commencé à frapper aux portes pour proposer d’échanger autour d’un café ou d’un déjeuner… »

Marion Schneegans, 23 ans, a créé Never Eat Alone, une application qui permet aux salariés des grands groupes de se connecter entre eux. En moins de trois ans, la moitié des entreprises du CAC 40 l’ont adoptée pour jeter des passerelles entre leurs services, faisant de la start-up la cible de toutes les convoitises…

… et même avec le boss

Quand Vincent Ferry, le patron de Clair de Lorraine, distributeur de spécialités gastronomiques, est victime d’un grave accident de moto qui le rend tétraplégique, l’entreprise est en péril. Qui va occuper son poste pendant sa longue convalescence ? Qui va prendre les décisions et définir les axes stratégiques ?

Plutôt que de voir leur entreprise couler sans leur patron, les employés prennent leurs responsabilités, se serrent les coudes et mettent en place un système de direction commune et participative. « Beaucoup ont pu révéler des qualités qui hier étaient maintenues sous le boisseau » se félicite le PDG, revenu aux manœuvres de longs mois plus tard, mais en lâchant un peu de lest :

« J’ai découvert tous les avantages qu’il y avait à donner de l’autonomie à ses salariés. »

Résultat : un chiffre d’affaire doublé en 10 ans, et des effectifs qui s’élèvent aujourd’hui à 80 personnes.

 

[1] Étude Opinion Way réalisée pour BNI