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La notion de bien-être au travail ne date pas d’hier. Démonstration avec cette initiative prise par un patron en avance sur son temps, il y a presque 150 ans…

 

C’est en pleine révolution industrielle que la cité ouvrière de Jean-Baptiste André Godin a vu le jour dans le Nord de la France. Lui pour qui le bien-être de ses employés était un moteur de productivité, avait sans nul doute un peu d’avance sur les concepteurs de la très moderne Google Town ou encore du Facebook Village….

 

Inspiré par sa propre expérience

Avant de devenir un industriel respecté, Godin avait lui-même été ouvrier, et avait donc pu constater l’extrême dureté de la vie des travailleurs. Très marqué par les conditions déplorables de travail dans les usines, il se plonge dans les écrits de Charles Fourier, un théoricien prônant le socialisme utopique, ayant notamment inspiré Karl Marx. Quand Godin installe son usine de poêles en fonte au bord de l’Oise (Aisne), il applique alors largement ses préceptes, en portant une attention toute particulière à l’épanouissement de ses employés, et imagine un nouveau système : le familistère.

 

Confort, partage et fraternité

Le familistère de Guise, ou Palais social, est un ensemble d’habitations pour ouvriers, dont la construction fut achevée en 1884, pouvant accueillir jusqu’à 2 000 habitants. Fonctionnant en totale autogestion, ce système était centré sur les valeurs de partage, de cohabitation et d’entraide. Ainsi, toutes les familles étaient copropriétaires du bâtiment, et Godin lui-même vivait au milieu ses employés. Les lieux étaient agencés pour que les occupants se croisent et dialoguent en permanence, développant ainsi une certaine fraternité. Les appartements étaient spacieux, confortables, chauffés et alimentés en eau courante, et donnaient sur de vastes cours, aérées et lumineuses. Ces conditions de vie paraissaient à l’époque incroyablement luxueuses, dans une France ouvrière où l’épanouissement des travailleurs était rarement au centre des préoccupations des industriels.

 

Instruction et ouverture à la culture

En plus d’offrir un habitat digne, le système pensé par Godin encourageait l’éducation et l’épanouissement personnel. Les enfants bénéficiaient d’une école mixte et obligatoire, de cours de sport et d’une piscine. Les habitants étaient aussi sensibilisés à la culture, avec des cours de théâtre, de peinture, un accès à une grande bibliothèque où s’organisaient des conférences sur des thématiques souvent sociales. Chaque employé, quel que soit son poste et son grade dans l’entreprise, avait accès aux mêmes activités et protections sociales (assurance maladie et retraite à soixante ans, notamment).

Autonomie et responsabilisation

Si Godin a tant investi dans le bien-être de ses salariés, ce n’est pas par pur altruisme. Il était avant tout un capitaine d’industrie rigoureux et exigeant, pour qui le travail était une valeur cardinale. En plus de les encourager à s’élever socialement, il responsabilisait énormément ses employés dans leurs tâches à l’usine. Il était convaincu que développer leur autonomie leur permettrait d’être plus motivés et donc plus efficaces. Une méthode qui a fait ses preuves, les fonderies et poêles Godin ayant longtemps été considérées en France comme une référence en matière d’industrie.

 

De Guise à la Silicon Valley

Aujourd’hui, le modèle de « village corporate » est remis au goût du jour par les géants de la Silicon Valley. Google, Apple, Facebook, tous bâtissent de véritables agglomérations autour de leurs sièges sociaux, où les employés, en plus de travailler, dorment, mangent, se cultivent et se divertissent. Un moyen de développer leur sentiment d’appartenance, et aussi de les encourager à ne pas compter leurs heures…

 

Visitez le familistère

La cité ouvrière, dont l’activité en tant que coopérative a cessé à la fin des années 60, est aujourd’hui devenue un musée dont on peut visiter les bâtiments, se plonger dans les conditions de vie de l’époque, et découvrir plus en profondeur l’oeuvre sociale de Godin. Des expositions temporaires sur des thématiques sociales y sont aussi fréquemment programmées.