Le design olfactif, un levier bien-être au bureau ?

Le design olfactif n’est plus l’apanage des hôtels ou des boutiques de luxe, où il s’est démocratisé au début des années 2000. Il gagne peu à peu les entreprises.

Le parfum apaisant du thé blanc dans l’open space ? Une pétillante fragrance d’agrumes en salle de réunion ? À vue de nez, la tendance s’installe. « Les fameux GAFA – Google, Apple, Facebook, Amazon – sont à l’origine de cette révolution, qui voit bien au-delà de l’environnement visuel, voire sonore », explique Laurent Campagnolle, fondateur de l’atelier Résonances, qui entend recréer du sens en entreprise et dans les établissements publics en passant par le sensorial. « Chez ces géants du web, l’espace de travail prend en compte les différentes dimensions de l’être humain : on travaille, on mange, on fait du sport… Sans sortir des locaux ». Un côté « comme à la maison » qui passe par le visuel, le son et l’olfaction.

De la boutique au siège social

Stéphane Arfi, à la tête de la société Emosens, constate une évolution de la demande. « Des entreprises qui parfumaient leurs espaces de vente se sont mis à commander la même fragrance pour leur siège social, leurs bureaux. Un nouveau marché est né ». Pour l’accompagner, Stéphane Arfi propose du sur-mesure olfactif. Du diffuseur portable qui permet la nébulisation d’espaces de 5 à 300 m2, en passant par les systèmes de diffusion via le réseau de climatisation pour parfumer un immeuble entier comme la tour de la Société Générale à La Défense…

Les fragrances les plus appréciées ? « Celles qui rappellent l’enfance ou les vacances sont plébiscitées quel que soit la catégorie socio-professionnelle, fleur d’oranger et figue en tête », résume Stéphane Arfi. Mais gare aux notes clivantes, comme le patchouli et le Oud.

Au rythme des saisons et des… émotions

« Il faut s’adapter aux locaux, à l’esprit de l’entreprise et bien évidemment aux salariés ». Ainsi, le siège français de Google, dont il s’est occupé, change de parfum en fonction des saisons : une note ensoleillée en été, un mix orange cannelle à l’approche des fêtes… « Cette année, des entreprises vont miser sur une odeur de gazon fraichement coupé au moment de la Coupe du Monde de foot ! Ça permet de fédérer, de faire sourire. D’autres laissent choisir le parfum en interne, aux employés, par exemple à la fin d’une réunion un peu stressante, pour finir sur une note agréable ». Un moyen comme un autre de créer du lien et d’impliquer.

Mais pour Laurent Campagnolle, le procédé ne doit pas être un gadget. « Il faut le faire si on veut tisser un lien plus humain. Les neuroscientifiques avec lesquels je collabore sont formels : on ne peut pas mettre nos émotions dans un casier et les récupérer 8 heures après. « Sensorialiser »

L’espace de travail, c’est bénéfique pour les entreprises. Nous reconnecter à notre part instinctive et animale réduit le stress.

Une tendance de fond ?

Après avoir créé l’identité olfactive du Crédit Agricole, Emosens a constaté au bout de 3 ans que les employés préféraient le parfum à la musique dans les espaces de travail, pour ses effets « moins lassants et moins intrusifs ».

Demain, des bureaux tous parfumés ? Nos deux experts en sont persuadés. « Les architectes prennent en compte cet aspect dans leurs projets, ce qui est très nouveau », constate Stéphane Arfi. Cette démocratisation de l’olfaction au travail, Laurent Campagnolle l’envisage couplée à d’autres sens. « On peut imaginer la diffusion d’une odeur apaisante, dans un cadre où les bruits seraient étouffés et où l’intensité lumineuse serait adaptée à la saison ».